Aller malade au travail nuit à votre entreprise

Vous vous sentez patraque ? Un petit rhume ? Une gastro ? Quoi qu’il en soit, vous feriez mieux de rester chez vous. Mais se mettre en arrêt maladie n’est pas une habitude pour tout le monde et c’est même une épreuve pour certains. Le comportement qui consiste à venir travailler malgré un mauvais état de santé a été baptisé par les Anglo-Saxons « sickness presenteeism », que l’on pourrait traduire par « présentéisme médical ».

Cette notion, plus couramment appelée « surprésentéisme », est assez récente dans la société française. Elle a fait son apparition dans les années 1990 en Amérique du Nord. L’exemple le plus probant pour illustrer ce phénomène est celui du salarié qui vient travailler coûte que coûte, alors que son médecin lui a prescrit un arrêt de travail.

Image-1024-1024-152050

Selon l’étude de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, la France fait partie des pays où le temps de surprésentéisme est le plus élevé. Près de 48 % des Français vont travailler au moins une fois dans l’année alors qu’ils sont malades. La moyenne européenne est en deçà, avec environ 40 % de surprésentéisme.

Restez chez vous !

Il y a des jours où il faut mieux rester couché… David Spencer, professeur d’économie à l’université de Leeds, au Royaume-Uni, est du même avis : « Mieux vaut ne pas venir travailler en étant malade ! Cela conduit à de mauvaises performances car les salariés travaillent en deçà de leurs capacités. » Quand il s’agit d’une activité à risque où l’employé est censé encadrer un public, « le travailleur en mauvaise forme peut mettre en danger les clients potentiels et ne pas remplir des conditions de sécurité optimales, met en garde l’universitaire. Dans un cas extrême, on peut prendre l’exemple d’un pilote de l’air qui effectue un vol sans être au meilleur de sa forme… »

Le surprésentéisme peut également avoir un effet boule de neige. « Travailler malade peut entraîner d’autres maladies », analyse l’économiste. Hormis la propagation des virus, un employé malade guérit moins vite s’il continue à travailler. « Les salariés qui travaillent alors qu’ils sont malades encourent le risque d’avoir des problèmes de santé plus important. »

Le prix à payer

La perte de productivité peut également coûter cher aux entreprises. Selon Matthieu Poirot, fondateur du cabinet Midori Consulting, expert en qualité de vie au travail, « les gens viennent travailler malades ou démotivés pour limiter l’absentéisme, or le présentéisme coûte plus cher que l’absentéisme ». En prenant en compte le taux national d’absentéisme en 2012 (soit 4,5 % de la masse salariale d’une entreprise), il a calculé le taux théorique de présentéisme : entre 6 % et 9 % de la masse salariale en France.

Matthieu Poirot a ensuite chiffré le coût du présentéisme pour une entreprise. Il s’élève, selon lui, entre 13,7 et 24,9 milliards d’euros par an. Pour une entreprise moyenne, qui verse 50 000 € de salaire par an à chaque salarié, la facture du surprésentéisme se chiffre de 970 € à 1 250 €, chaque année, par salarié.

La crise du surprésentéisme

Dans son ouvrage « Le surprésentéisme : travailler malgré la maladie », Denis Monneuse, sociologue du travail, estime que le phénomène de surprésentéisme s’est amplifié avec la crise économique de 2009. Selon ses enquêtes, « 55 % de Français l’auraient pratiqué au cours de l’année », soit plus d’un salarié sur deux qui viendrait travailler en étant malade…

Afin de remédier à ce problème de surprésentéisme, « les entreprises doivent fournir de meilleures dispositions pour les congés de maladie », souligne David Spencer. Si les employés ne prennent pas leurs arrêts de travail c’est aussi parce qu’ils sont soumis à une pression sociale professionnelle. Pour l’universitaire britannique, « les États doivent aussi jouer un rôle avec des politiques de protection de l’emploi plus solides et de meilleures indemnités maladies ».

En France, un employé a un délai de carence de trois jours lorsqu’il se met en arrêt maladie, avant de percevoir des indemnités journalières. Pour David Spencer, la maladie ne s’arrête pas au plan physique, l’économiste encourage « les États à une plus grande reconnaissance des maladies mentales, afin de permettre que les personnes touchées puissent prendre le temps d’y faire face ».

Source : http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/615/reader/reader.html?t=1447434361103#!preferred/1/package/615/pub/616/page/6

About Author

adminifpst